Le concept du cosmic rabbit

L'idée de cette oeuvre est de construire un système complexe à partir d'un nombre très réduit d'éléments.

Le point de départ est la représentation d'un lapin par un simple aplat de couleur. Le lapin est vu de profil. Ceci est fondamental au fonctionnement de la série, lui donnant une direction, droite ou gauche. Autrement dit, il est en mouvement.

Un autre élément fondamental est que le lapin flotte dans une bulle, un microcosme. Il ne se situe pas dans un contexte plus large qui remplirait la feuille de papier. Cette bulle va évoluer tout au long de la série et le lapin dedans, aussi.  

Connu pour sa fécondité, le lapin est apte à symboliser la fertilité de l'imagination. Contrainte à des règles simples, l'imagination peut effectuer des combinaisons infinies, mais aussi des synthèses permettant des sauts qualitatifs.

Pour explorer chaque lapin dans son microcosme pour en faire un objet fini, qui veut dire un système clos suffisant à lui-même, on peut procéder par la création d’une symétrie. Chaque image est renversée; les couleurs sont inversées ainsi que la direction du lapin, afin d'obtenir un positif/négatif et une inversion droite/gauche. À un certain moment dans la série, le lapin va subir des déformations, produisant des oppositions à la place des symétries.

Le principe binaire de symétrie/opposition est la clef de la multiplication du lapin. Le chiffre 2 entraîne une généalogie de lapereaux; principe sexuel mais également principe mathématique... Pourquoi un système clos se multiplie-t-il ? Parce qu'une fois que l'objet est parachevé, on peut en faire une variation. Le perfectionnement de chaque étape, sa complétude, génère une suite. A la manière de variations musicales!

Le lapin se multiplie donc, et la série se développe en 6 sous-séries: 1 Cosmic, 2 Bush, 3 Blood, 4 Space, 5 Dreams et 6 Dust. Or, la dernière série va nous ramener au point de départ, décrivant le cycle de vie du lapin: il naît, il vit, il meurt, puis le cycle recommence.

Ainsi, la série est à la fois binaire et circulaire. La binarité décrit la vie à un instant donné. Le temps est suspendu; c'est un arrêt sur l'image. La circularité, elle, est motion perpétuelle. L'instant n'est que le compromis improbable entre le passé et le futur; instable, il porte les éléments de sa destruction future, mais aussi de sa régénérescence.

Quel principe domine cette série ? La dualité, structure fondamentale de la vie ? Ou la circularité dans son mouvement irréversible vers la destruction / création. N'est-ce pas cette opposition qui intrigue tant les physiciens; celle entre le principe d'entropie et le principe de la vie qui se construit dans une structure stable ? Nous vivons chacun cette contradiction dans notre propre être, sachant que nous allons mourir, tout en étant convaincus que notre être est immuable.

La série “Cosmic rabbits” est l'expression graphique de cette tension existentielle qui nous plonge dans les affres de la conscience tout en nous poussant de l'avant. Comme le lapin qui n'a de cesse d'évoluer, tout en restant dans sa bulle.

Kristin Meller 2019